Récit d'une initiation - octobre 2025

Étonnamment, je suis calme. Mon cœur ne bat pas plus vite que d’habitude malgré les vingt mètres de vide sous mes pieds. J’écoute et je me concentre sur ce qu’on me dit. Mon attention se porte sur mon harnais et ses nombreux accessoires indispensables pour une visite souterraine : deux longes, une poignée, un crawl, un descendeur ; le tout harnaché sur une combinaison conçue pour résister aux abrasions.

La lumière de mon casque irradie la paroi d’en face. Sa proximité et les quelques gouttes qui y perlent m’éblouissent. Alors, je détourne les yeux vers mes mains. Je fais un « S » avec ma corde pour installer mon descendeur. Je m’assois dans mon harnais, les pieds encore posés fermement sur la paroi. La boue bien installée sous mes bottes diminue grandement mon adhérence. Je note qu’il est préférable d’avoir des semelles crantées.

Il fait si noir en dessous de moi que je ne vois pas l’autre extrémité de la corde, ni l’ombre de la personne descendue précédemment. Les profondeurs l’ont déjà engloutie, comme elles vont bientôt le faire avec moi.

J’inspire.

J’enlève un pied, puis l’autre.

Ça y est.

Seuls la corde et le harnais me retiennent encore, unique lien qui perdure entre le vide et moi.

Bien que le sang tambourine à mes tempes, la sérénité transparaît toujours de cet endroit.

Personne ne parle.

Seul les gouttes d’eau résonnent, régulières.

Une douce pluie comble le vide de cette immensité souterraine.

Mes mains se desserrent doucement.

La corde glisse.

J’entame la descente.

J’observe les parois qui m’entourent. Je me trouve dans un puits d’environ trois mètres de diamètre. Jamais je n’avais aperçu de pareille chose. Plus la corde file entre mes doigts, plus une sensation d’apaisement inattendu parcourt mon corps.

Le bruit de la pluie s’intensifie jusqu’à devenir constant.

Puis — le sol.

La pointe de mes bottes l’effleure.

La descente est achevée.

De nouveau debout, je tire sur la corde pour avoir du mou et défais le « S ». Je me détache, me love au creux d’une roche et attends que le reste du groupe nous rejoigne. Il faudra bientôt remonter. Retrouver la surface.

Un temps…

Lorsque j’entame la dernière remontée, une brise fraîche caresse mon visage tandis que mes pieds s’enfoncent dans la boue. La pluie a créé une sorte de mélasse qui, à chaque pas, donne l’impression de s’extirper de justesse avant d’y être engloutie à nouveau.

Une fois de retour sur la terre ferme, je m’assois dans l’herbe humide. En attendant les autres, je songe.

Le vertige ne m’a pas arrêtée.

Je continuerai à me suspendre au-dessus du vide autant de fois que je le pourrai — avec la même appréhension, l’esprit plus léger et une immense fierté.

Merci au GSPV pour cette aventure ineffable et vertigineuse, qui m’emplit d’une joie profonde et d’une gratitude sincère d’y appartenir.

Par Coline GIUSTINIANI

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Le Bénitier – gouffre des Ordons

Par Coline GIUSTINIANI

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